Récit des journées qui ont précédé la marche du 13 mars 2020, par Claire Renier

« Quelques jours avant »…

 

Objectif : invitées par Gilles Tiberghien, nous devons imaginer une marche avec Alice Freytet, artiste-marcheuse et paysagiste, entre l’Ecole du Paysage et la Vieille Charité. Elle aura lieu le vendredi 13 mars à Marseille, dans le cadre des Rencontres « La marche catalyse de l’art et du savoir » au FRAC PACA. Avec Alice, on se ne connaît pas. Grâce aux échanges de mails, je pense qu’on va bien s’entendre. Alice dessinera pendant le trajet un « rouleau de paysage », comme elle le fait régulièrement lors des marches qu’elle organise. Les marcheurs sont invités à glaner des objets qui seront déposés sur le rouleau. Durée : 1 heure environ. J’arrive quelques jours en avance.

1er jour : arrivée à Marseille. Le papier du plan de la ville que l’on m’a donné est si fin qu’il se déchire lorsque je sors de l’Office de Tourisme sur la Canebière. J’y retourne et j’en prends plusieurs que je fourre dans mes poches. Tout a été refait à neuf. Plus de voitures ici, c’est bien. Calme. Je cherche un banc pour regarder la carte sur l’esplanade déserte. Pas un seul banc sur le Vieux Port pour s’asseoir. On me dit qu’il y en a sur le chemin du côté de la Mairie. Je ne vais pas chercher un banc maintenant. Je m’assois, comme avant, sur le quai près de l’eau devant les bateaux.

2ème jour : je suis assez excitée, je vais voir enfin le Passage de Lorette qui, de la rue de la République nous conduit dans une très grande cour intérieure, le Passage des Folies Bergères. Je l’ai découvert grâce au livret internet « L’écran et la fumée ». C’était un des lieux préférés de l’écrivain allemand Walter Benjamin, selon Alain Paire, catalysant tout Marseille autour de lui. Du passage, on monte au « vieux » quartier du panier. Là, tout change. Des rues plus étroites, le quartier est piétonnier. J’aime aussi l’idée qu’on change de niveau. J’inscris sur mon plan « Passage de Lorette ». On passera par là.

3ème jour : plus j’avance dans la ville, mieux j’imagine la marche. J’observe chaque lieu, chaque parcelle. J’ai envie de créer des contrastes, des changements d’atmosphère, de points de vue sur la ville. C’est à ceux qui participeront à la marche que je pense en mettant ces morceaux de ville bout à bout, mais aussi à Alice, à ce qu’elle « verra ». La chose que je préfère : découvrir des endroits qui m’étaient parfaitement inconnus. Comme, par exemple, le promontoire de la rue des écuelles avec son « salon-bibliothèque », aux chaises attachées deux par deux le long du trottoir. Et cette vue de très haut qui donne sur la place Sadi Carnot.

4ème jour : levées tôt avec Alice rencontrée hier soir pour la première fois. On refait le parcours que j’ai commencé. Alice est d’accord pour que nous passions lors de la marche par la rue très vivante et populaire du Bon Pasteur. On va imaginer le reste du trajet ensemble. Impossible de traverser l’Hôtel Continental à partir de la Grand Rue. On rebrousse chemin. Place des Moulins. Près de la cathédrale de la Major, le vent souffle très fort. La percée visuelle sur la mer est splendide. Alice doit refaire tout le parcours seule afin de dessiner une ligne qui servira de fond et d’horizon ­­pour ses peintures de demain. C’est bon, après ça on est prêtes.

5ème jour : Jour de la marche. Départ près du grand escalier de la Gare. Nous donnons quelques consignes. En outre, j’aimerais que la marche soit silencieuse. Plusieurs arrêts sont prévus, où il est possible de se parler. De plus, étant donné que je « guide » la marche, chacun peut se laisser aller à ses impressions, ses sensations…On peut prendre des photos, dessiner mais aucune obligation à cela. On se met en route. Alice commence à dessiner.

Une fois l’escalier monté, on arrive sur la grande esplanade. Daniel m’a donné l’idée de passer par les nouveaux quartiers derrière la gare. Quand finalement on arrive Place Jules Guesde, on trouve des immeubles vides, sans fenêtres, comme dans le long de la rue du Bon Pasteur, suite à l’évacuation des habitants. Un moyen d’évoquer le drame de la rue d’Aubagne du 5 novembre 2018. Deux immeubles sont effondrés, causant la mort de huit personnes. Cet événement a provoqué une véritable crise sociale. Des milliers de personnes ont été évacuées par la mairie de leurs logements. A l’heure actuelle, beaucoup habitent encore à l’hôtel. Je n’ose imaginer ce qu’ils vivent en ce moment avec le confinement.

Une marcheuse me raconte qu’elle fait partie d’une association créée pour soutenir les habitants évacués. Butte des Carmes, rue des Carmelins, Passage de Lorette, Rue des Ecuelles, Place des Moulins. Le temps nous manque. Nous ne verrons pas la mer ce jour-là. Mais Alice déroule le « rouleau de paysage » devant la Vieille Charité. C’est un peu de « paysage » devant nous.

Chacun place les objets choisis pendant la marche sur le rouleau, ou fait un dessin, écrit quelque chose. On se met à discuter, on échange des adresses. Une belle journée qui commence.

 

Remerciements : Raphaëlle Paupert-Borne et Jean Laube et la tante d’Alice pour l’hébergement, Daniel Labat-Gest pour les photographies de la marche, Guillaume Monsaingeon pour son accueil, Gilles Tiberghien et Jean-Marc Besse pour l’organisation de ces journées, le Frac PACA, Jean-Paul Thibeau pour sa présence, enfin Frédéric Danos, avec qui j’ai découvert l’art de la marche.

Marche menée par Claire Renier et Alice Freytet, au cours des Rencontres « La marche catalyse de l’art et du savoir », 13 mars 2020.

Photographies prises par Daniel Labat-Gest et Claire Renier
Parcours de l’Ecole Supérieure du Paysage de Marseille à la Vieille Charité.

 

Workshop Ecole des Beaux-Arts d’Angers, Marche aux oiseaux, les 5-6-7 mars 2019

sur une invitation d’Isabelle Lévenez, artiste enseignante

CONTENU ET METHODE

  1. Lors d’ une première matinée, afin de présenter ma proposition aux étudiants, je détaillerai les points qui jalonnent ma démarche : le protocole, la perception, l’expérience, le commun, le mouvement, à l’aide d’exemples de marches réalisées en France et en Europe.

Mon travail prenant sa source dans les arts visuels comme dans la danse, j’aimerais montrer aux étudiants des exemples d’artistes marcheurs ou chorégraphes qui, depuis les années 60, utilisent la notion de protocole afin d’introduire l’improvisation dans leurs œuvres.

Dans un deuxième temps, dans une salle adaptée, j’aimerais faire découvrir aux étudiants certaines techniques de danse, et plus particulièrement de composition en temps réel (issues de la danse de Simone Forti, Anna Halprin) qui permettront aux étudiants de se « préparer » à la marche, au « lâcher prise », mais aussi aux différents mouvements qu’ils pourront effectuer pendant la marche. Ces outils pourront s’avérer très utiles pour les étudiants dans leur propre pratique. En effet, les rencontres avec des chorégraphes et ma pratique assidue de la danse contemporaine ont nourri mon travail.

2. La deuxième journée sera consacrée à la déambulation active.

Le matin aura lieu une présentation succinte de la marche, son déroulement, son objectif, le sujet sur lequel nous porterons le plus notre attention pendant le parcours (les inscriptions ou les espaces vides par exemple).

Les étudiants prépareront le matériel dont ils auront besoin : carnet de croquis, carnet de notes, appareil photo, enregistreur, vêtements souples.

L’après-midi, les étudiants découvriront le parcours, glâneront quand ils le souhaitent des traces de leur observation. Après une pause, la deuxième partie du parcours sera consacrée à un exercice dansé.

A la fin de l’après-midi aura lieu une restitution orale de l’expérience.

3. Enfin, le troisième jour, les étudiants se consacreront à la restitution plastique du parcours.

Une attention sera portée aussi à la restitution du workshop dans son entier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

« Solitude ensemble » de Claire Filmon, Estivales de la Permaculture, 16 septembre 2018, Montreuil

Exploration dansée à partir de Solitude Ensemble de Claire Filmon

Prairie des Murs à Pêches, le samedi 15 septembre 2018 à 16H30 et le dimanche 16 septembre 2018 à 11H30

L’ «exploration dansée » par Blandine Perier, Claire Renier, Laetitia Camps, Luna Paese, Zoi Anathasopoulou et Giulia Ravarotto les 15 et 16 septembre 2018 prend sa source dans la pièce « Solitude Ensemble », créée en avril 2017, par la chorégraphe et danseuse Claire Filmon.

Description de la pièce : Deux carrés sont indiqués au sol. Deux duos de danseuses se situent à l’extérieur de chaque carré. Un signal est donné. Une danseuse pénètre dans un carré et improvise un mouvement. Une fois le mouvement terminé, la deuxième danseuse entre à son tour et danse en réagissant au premier mouvement. Et ainsi de suite. A un second signal, les danseuses peuvent changer de carré et ainsi former un trio, un nouveau duo, etc…

Photographies de Daniel Labat-Gest

Film de la performance SORORAL, par Pierrick Paulian, Ateliers Babiole, 10 juin 2017

https://vimeo.com/224367544

Dans la performance Sororal, Claire Renier poursuit sa recherche sur la transformation de notre paysage urbain, un questionnement sur la place de l’homme dans l’espace public avec les médiums du film et de la performance.
Elle travaille ici sur la porosité entre les disciplines artistiques : sculpture-danse, sculpture-cinéma, danse et cinéma.

En 2013, elle commence à photographier les cabines téléphoniques à Paris, en banlieue, en province et à l’étranger, puis se rend compte qu’elles sont en train de disparaître, et réalise une série photographique et un film Sororal (2017). Elle fait appel au musicien Frédéric Nogray pour la musique du film, qui crée une musique minimaliste et concrète.

Praticienne assidue de danse contemporaine, Claire Renier suit les cours de Claire Filmon en 2016 et 2017, qui va l’aider à créer un mouvement pour accompagner la projection du film Sororal.

Le film Sororal plonge le spectateur dans une traversée méditative et une réflexion sur notre société.

Sororal

Pièce chorégraphique

Une projection de photographies de cabines téléphoniques. Un corps dans l’espace.
Immobile. Les yeux fermés. Le film a démarré.
Succession des cabines. On entend le bruit de la ville. Un son rémanent. Elle ouvre les yeux. Elle ne bouge toujours pas. Elle fait bloc. Elle regarde devant elle, au loin. Que voit-elle ? On regarde ces objets qui se succèdent. Les cabines qui ont disparu. On a soudain une hésitation, qui regarder, quoi regarder. Les cabines se succèdent et on surveille le corps du coin de l’oeil, voir si ça a bougé de ce côté-là.
Elle pivote sur le côté droit. Elle regarde à son tour les cabines. On les regarde ensemble. Corps – totem qui fait face à d’autres corps, transparents.
Présences qui se frottent. Marche vers le mur, juste à côté des cabines. Tout contre. Des sculptures. Se poser contre le mur. Appui. Mouvement qui vient du fond du corps. Susciter l’envie de se mouvoir, d’engager le mouvement.

SORORAL, performance Ateliers Babiole, 10 juin 2017


 
 

Sororal

Pièce chorégraphique

Une projection de photographies de cabines téléphoniques. Un corps dans l’espace.
Immobile. Les yeux fermés. Le film a démarré.
Succession des cabines. On entend le bruit de la ville. Un son rémanent. Elle ouvre les yeux. Elle ne bouge toujours pas. Elle fait bloc. Elle regarde devant elle, au loin. Que voit-elle ? On regarde ces objets qui se succèdent. Les cabines qui ont disparu. On a soudain une hésitation, qui regarder, quoi regarder. Les cabines se succèdent et on surveille le corps du coin de l’oeil, voir si ça a bougé de ce côté-là.
Elle pivote sur le côté droit. Elle regarde à son tour les cabines. On les regarde ensemble. Corps – totem qui fait face à d’autres corps, transparents.
Présences qui se frottent. Marche vers le mur, juste à côté des cabines. Tout contre. Des sculptures. Se poser contre le mur. Appui. Mouvement qui vient du fond du corps. Susciter l’envie de se mouvoir, d’engager le mouvement.

« Les animaux conjuguent leurs verbes en silence », août 2013, Rencontres artistiques et Permacoles, Luc-en-Diois

Merci à tous les participants : Lily, Sébastien, Isabelle, Fabiola, Clara, Lily, Michael, Esther, Morgane, Adrien…

An oblique walk in krakow, Une marche oblique à Cracovie, avril 2013

En résidence à Cracovie en 2013, dans le cadre du projet Mécanismes pour une entente mené par Marta Jonville et Tomas Matauko (POLA, Bordeaux), Claire Renier a proposé une Marche oblique à Cracovie, avec des artistes de toutes nationalités. Le groupe traversaient des quartiers comme l’ancien ghetto, des quartiers à l’architecture moderniste, longeait la Vistule, la voie de chemin de fer, traversait un jardin, le marché, ou encore un quartier touristique. Cette marche, sorte de voyage dans l’histoire et le temps, incitait à effectuer un va-et-vient constant entre passé et présent.

FLYER DU PARCOURS DE LA MARCHE distribué aux participants

Action # 7 // An Oblique Walk in Krakow by Claire RENIER

Chaise de contemplation 9 septembre 2012

 

 

 

 

 

 

3ème édition de la manifestation Amène ta chaise 9 septembre 2012 menée par l’association De fil en bulle qui a eu lieu le dimanche 9 septembre à la Bernerie-en-Retz.

Proposition de Claire Renier : Installés au bord de la plage, devant le plan d’eau de la Bernerie, les participants sont invités à s’asseoir sur la chaise et à contempler. Choisissant leur matériel (pinceau, encre de chine, craie noire, crayon), ils dessinent ce qu’ils veulent. Il peut s’agir d’un détail, d’une vue d’ensemble, ou d’une libre interprétation de ce qu’ils ont sous les yeux. Ils prennent le temps qu’il faut, aussi bien pour regarder, observer et dessiner. Quand il ont terminé, je  les photographie devant le paysage avec leur dessin. Les dessins posés au sol les uns à côté des autres tout au long de la journée finissent par former une exposition collective et improvisée. Merci à tous les participants.